Partager l'article ! Compte-rendu Montage: Odette dans tous ses états: Par Lucile, 10 Mars 2011 Durant presque trois ...
Par Lucile,
10 Mars 2011
Durant presque trois semaines du mois de février, Géraldine, monteuse professionnelle, et moi nous attelons au montage de la séquence « Odette », cette femme qui était dans le film précédent et qui vit dans la tour depuis plus de quarante ans.
J’ai plus particulièrement pris en charge la réalisation de cette séquence. Ce que je voulais faire apparaître, c’était l’histoire d’Odette dans la tour, mais à travers elle une histoire plus large : ce qu’a représenté pour les gens de sa génération et de son milieu, modeste, l’accès aux HLM avec de l’eau courante, du chauffage, plus d’espace… Durant le tournage, c’était donc sur point que nous nous étions concentrés.
Il reste maintenant à rendre cette idée palpable par la manière dont les images sont agencées, par leur ordre et leur rythme. La difficulté ici est que nous avons un matériau hétérogène : des images d’Odette tournées à des moments différents ; un mélange d’interview et des scènes de vie ; et puis des images de Super 8 qu’Odette nous a confiées, tournées par son mari. Ce mélange des sources, qui rend sans doute la séquence émouvante, la rend aussi très complexe à monter. Heureusement, avec Géraldine nous sommes vite sur la même longueur d’ondes : c’est un moment que je garde d’ailleurs en mémoire, celui où j’ai perçu qu’il y avait entre Géraldine et moi un vrai échange. Il y a peu de moments dans la vie où il est possible de s’embarquer avec les autres dans la réalisation d’un même idée, d’une même vision. Pour moi qui aimerait devenir réalisatrice, c’est une très bonne expérience de la manière dont se fait le travail en équipe, l’échange qui conduit à un film.
Rapidement, je me rends compte combien l’expérience du montage est importante pour l’approche de la réalisation. Il y a certains plans que je n’avais pas pensé à tourner et qui manquent. Heureusement, nous avons le local dans la tour, la caméra à disposition, et je peux donc retourner chez Odette. C’est un privilège énorme que de pouvoir re-tourner ainsi et je sais que cela ne sera pas le cas si j’ai la chance de pouvoir réaliser un film un jour. Cela m’apprend donc à anticiper : il y a des plans auxquels j’aurais pensé avant si j’avais eu l’expérience et le regard du montage.
La difficulté principale ? : prendre du recul…
Et comment fait-on pour prendre du recul lorsqu’on regarde les mêmes images des jours d’affilée ?
Lorsque nous confrontons notre première version au regard des autres membres de la Sierra, ils nous retournent des choses que nous ne pouvions plus voir. C’est à la fois enrichissant, nécessaire et difficile, car il faut se servir de leur recul tout en essayant de rester fidèles à notre idée de départ. Il faut trouver le juste point, celui qui ne transforme pas la confrontation des points de vue en un mélange de points de vue, sans quoi il n’y a plus de parti pris. Version après version, nous trouvons enfin ce moment où la séquence est fidèle à ce que nous cherchions tout en tenant compte de ce que les autres ont pu nous apporter grâce à leur distance et leur propre sensibilité.
Conclusion : par le montage, un apprentissage de la réalisation et d’une confrontation nécessaire au regard de l’équipe. Une expérience tour à tour jouissive et douloureuse : participer à la naissance de quelque chose, savoir aussi parfois s’en détacher, s’en séparer, couper le cordon, pour mieux y revenir.